Jozsa Jaritz - Akt muteremben

Jozsa Jaritz - Akt muteremben (Nude in the studio), 1918

Jozsa Jaritz - Akt muteremben (Nude in the studio), 1918

Studies of the Hands of Erasmus, by Hans Holbein the Younger

Clock in Pennsylvania Station - Alfred Eisenstaedt

Picasso - Femme endormie (1946)

Milan Kundera
(Actuellement en train de (re)lire La plaisanterie)

Anna Politkovskaïa
La conclusion curieuse à laquelle semblent aboutir les analyses conduites jusqu’ici, c’est que les notion de démocratie et de révolution sont antithétiques. C’est en apparence paradoxal, puisqu’on met toujours les deux mots ensemble, mais, si on y réfléchit, la démocratie est une chose et la révolution une chose à peu près opposée. La démocratie telle que nous l’avons définie, et je l’ai définie en fonction de la réalité, c’est la pluralité des partis, la procédure électorale, c’est, par conséquent, l’acceptation de l’autre, l’acceptation des procédures lentes, car il faut du temps pour accorder les hommes qui ont des idées et des intérêts contradictoires.L’essence de la démocratie, c’est aussi que les décisions prises soient révocables, qu’un parti puisse défaire ce que l’autre a fait, et que, par conséquence, on accepte réciproquement les altérités tout en maintenant suffisamment de choses en commun pour que la cité puisse exister. Or, la révolutions est très exactement le contraire et ne pas ne pas être le contraire : c’est le refus d’accepter l’autre en tant qu’il pense autrement que vous, c’est la rupture de la légalité. Alors que la démocratie est, par essence, la compétition pacifique en vue de l’exercice du pouvoir, la révolution, c’est la violence et, comme la violence a toujours besoin de justification, c’est la violence au nom d’un principe incarné dans un parti.
Raymond Aron - Introduction à la philosophie politique (1952)

Vasily Grossman with the Red Army in Schwerin, Germany, 1945
Les trois grandes sectes révolutionnaires de l’Occident - les puritains, les jacobins et les bolcheviks - présentent à ces égard des similitudes étonnantes. L’élection avait un sens religieux chez les puritains. Partis de l’idée qu’ils revendiquaient la liberté religieuse contre l’oppression du pouvoir, ils ont glissé très rapidement à l’idée que, comme ils étaient les élus de Dieu, ils pouvaient imposer leur conception de la religion aux autres. Les jacobins se croyaient les élus du peuple, ou de la Révolution, peu importe. Quant au bolcheviks, ils se voient comme les élus de l’Histoire. Dans les trois cas, l’arrivée au pouvoir marque le paroxysme révolutionnaire. Dans les trois cas, le système de pensée optimiste commence par l’affirmation que la secte ou le groupe d’hommes est l’incarnation de la liberté contre l’oppression. Parce qu’ils sont l’incarnation de la liberté, ils peuvent créer les conditions de la liberté, et par suite forcer les autres à être libres. Du même coup, ils ont tendance à considérer que telles ou telles institutions particulières sont à l’origine de tout le mal et à concentrer leurs attaques contre tel ou tel principe du mal, qui une fois écarté, laissera place à la société bonne. Mais comme, une fois ces institutions mauvaises écartées, les choses ne vont pas encore bien, il n’y a pas de raison que le processus révolutionnaire ne continue pas indéfiniment.
Raymond Aron - Introduction à la philosophie politique (1952)
Il est très facile de voir l’application de ces idées abstraites [les causes de la corruption des démocraties] au cas français, d’autant plus facile que j’ai pris une partie de mes exemples dans le cas français lui-même. L’excès d’esprit de compromis est devenu, en France, une espèce de maladie politique nationale, qui se combine de manière curieuse avec l’esprit de faction.
Comme, pourquoi intervient en France cette sorte de corruption ? Les causes sont naturellement difficiles à déterminer. J’en indique simplement quelques-unes.
Une des causes, c’est l’extraordinaire capacité de mémoire de la politique française, et la quasi-impossibilité de laisser les morts enterrer les morts, et d’en finir avec les querelles lorsqu’elles ont eu lieu une fois. On a continué à se diviser en dreyfusards et anti-dreyfusards vingt ans après que le procès Dreyfus eut été liquidé. Je pense, pour prendre un exemple plus proche, que l’on continuera à être partisan ou adversaire de l’armistice de 1940 pendant encore une bonne dizaine d’année, il continuera à y avoir des vichystes et des gaullistes, étant bien entendu à la fois que, chez les un et les autres, il y avait les hommes les plus invraisemblablement différents et qu’on était ceci ou cela pour les motifs les plus contradictoires.
Autrement dit, tout groupement, si accidentel qu’il ait pu être dans l’histoire politique de la France, est curieusement maintenu par une fureur de discussions idéologiques qui n’a d’égale que l’indifférence aux faits réels. La capacité française de discuter abstraitement sur le plan idéologique est, je crois, une des maladie de l’esprit politique. Au fond, une démocratie ne peut fonctionner que dans la mesure où l’on ne discute pas trop d’idées abstraites, car, sur les idées abstraites, on ne s’entend jamais. Or, les Français n’aiment, dans la politique, que les idées qui sont le moins possible souillées par les considérations vulgaires qui touchent au monde réel. Naturellement, cela va de pair, dans la politique réelle, avec un très grand soucis des intérêts particuliers ou des intérêts collectifs, mais, dans l’ordre de la discussion, on se croirait dégradé si l’on faisait allusion à l’efficacité politique des idées qu’on développe. Il en résulte un mélange de discussions abstraites, fanatiques, ne correspondant en général à rien, et d’un goût assez cynique au compromis, qui fait que l’exacte mesure d’idée et d’intérêts qui définit la démocratie harmonieuse fait défaut.
Raymond Aron - Introduction à la philosophie politique (1952)

Robert Frank - Look, London, 1950 (source)

Gustav Klimt - baby - 1918

Natalia Goncharova - Two Russian maidens
A un collègue qui écrit sur les bourreaux et les victimes du communisme, je parle de leur refus de se souvenir.
– C’est parce qu’ils ont peur, constate Piotr Lipinski.
– Cinquante ans après ? Aujourd’hui, alors qu’ils n’ont plus aucune raison d’avoir peur ?
– Tous ceux que tu as rencontré ont environ quatre-vingt ans. Les quinze dernières années de liberté, ce n’est qu’un petit épisode dans leur vie. Trop court pour acquérir la certitude qu’il s’agit d’un état durable, qui ne changera plus.
A Prague, le monument de Staline existe toujours.
Mariusz Szczygiel - Gottland
– Mais comment faites-vous avec les Allemands ? Insiste Jasenskà.
– Eh bien, ils vont et ils viennent, et, moi, je travaille, répond-il tranquillement.
– Et vous n’avez pas peur ?
– Peur de quoi ? Réfléchit le paysan à haute voix, avant d’ajouter : Et puis, vous savez, un homme ne peut mourir qu’une seule fois. S’il meurt un peu trop tôt, il sera mort un peu plus longtemps, c’est tout.
Mariusz Szczygiel - Gottland
“O Erasme de Rotterdam, à quel parti vas-tu t’arrêter ? Vois la puissance de l’injuste tyrannie sur le siècle ; vois la force des ténèbres. Ecoute, chevalier du christ; chevauche hardiment, aux côté du Seigneur Christ ; protège la vérité ; gagne la couronne des martyrs : n’es-tu donc pas déjà un tout vieil homme ?… Laisse, qu’on entende ta voix : et les portes de l’Enfer, et le trône de Rome, comme a dit le Christ, ne pourront rien contre toi !” Cri poignant, car, à cette heure même, Erasme se sentant dépassé et vaincu, prévoyant d’ailleurs l’avenir et que les bonnes lettres, prises entre les partis, allaient recevoir les coups des deux côtés, écrivait sa lettre mélancolique à Mountjoy : la vérité, la pure vérité vaut-elle qu’on ébranle tout l’univers en la prêchant ? “Il est permis, ils est bon de la taire, quand de sa révélation on ne peut espérer aucun fruit. Le Christ s’est tu devant Hérode”
Lucien Febvre - Martin Luther, un destin (ed. Quadrige - puf, p125)

Lucas Cranach l’Ancien - Portraits of Martin Luther and Philipp Melanchthon (1953) (wiki)
Le pays ne se sent pas représenté. Les existences les plus humbles et les plus discrètes sont certes les plus manifestement concernées. Mais le problème est plus général et vaut pout toutes les composantes de la société. La démocratie est minée par le caractère inaudible de toutes les voix de faible ampleur, par la négligence des existences ordinaires, par le dédain des vies jugées sans relief, par l’absence de reconnaissance des initiatives laissées dans l’ombre. La situation est alarmante, car il en va à la fois de la dignité des individus et de la vitalité de la démocratie. Vivre en société, c’est en effet au premier chef voir son existence appréhendée dans sa vérité quotidienne. Des vies non racontées sont de fait des vies diminuées, niées, implicitement méprisées. C’est une absence qui redouble la dureté des conditions de vie. Etre invisible - puisque c’est de cela qu’il s’agit - a d’abordant coût pour les individus eux-mêmes. Car une vie laissée dans l’ombre est une vie qui n’existe pas, une vie qui ne compte pas. Etre représenté, à l’inverse, c’est être rendu présent aux âtres, au sens propre du terme. C’est être pris en compte, être reconnu dans la vérité et la spécificité de sa condition. Ne pas être seulement renvoyé à une masse indistincte ou à une catégorie qui caricature et obscurcit la réalité dans une formule sonore, un préjugé ou une stigmatisation (la banlieue, les cités, les bobos, etc.). L’aspiration à une société plus juste est donc inséparable aujourd’hui d’une attente de reconnaissance.
“le Parlement des invisibles” - Pierre Rosanvallon
Les libéraux devraient constituer une famille spirituelle ou politique en France, et il y a évidemment eu des économistes libéraux, il y en a encore, mais, dans l’ensemble, l’école libérale, proprement libérale, a joué un rôle plus faible en France que dans les pays de langue anglaise parce que la pensée proprement démocratique ou de gauche a toujours eu un certain penchant pour le jacobinisme. Les libéraux, en France, on été pris en tenaille entre des conservateurs et des démocrates qui, les uns et les autres, n’étaient libéraux que dans l’opposition.
Le jacobinisme s’oppose fortement du point de vue de la sensibilité politique, si je puis dire, au libéralisme. La sensibilité du libérale s’exprime par une formule connue : je trouve tout ce que vous dites absurde, mais je suis prêt à me faire couper le cou pour que vous ayez le droit de le dire. Voltaire a exprimé l’idée en termes excellents. En revanche, le jacobin s’exprimerait plus volontiers par la formule : pas de liberté pour les ennemis de la liberté - formule à la signification imprécise qui a été répétée inlassablement depuis un siècle et demi, mais qui demeure très caractéristique d’une sensibilité politique. Mise en forme intellectuelle, l’idée reviendrait à ceci : la liberté est sauvée lors que ceux qui l’aiment ou sont censés l’aimer sont au pouvoir et, éventuellement, éliminent ceux qui sont censés ne pas l’aimer. Si l’on veut voir ce qui a donné ce genre de raisonnement, légèrement prélogique mais d’une efficacité politique incontestable, il suffit de lire les discours de Saint-Just ou de Robespierre. On y trouvera, à l’état pur, cette façon de penser, la volonté de reconstruire une société rationnelle ou un ordre de choses vertueux au nom de la démocratie par des méthodes autoritaires.
Raymond Aron - Introduction à la philosophie politique

Pierre Bonnard - Le cabinet de toilette, 1932

Pierre Bonnard - La grande baignoire, 1937
Je regarde mon père soutenir ma mère pour gravir les quelques marches qui séparent la pente du garage de l’entrée du pavillon et cette image me brise en mille morceaux. J’y vois à la fois la tendresse et le soutien indefectible qu’ils se sont toujours portés l’un à l’autre. Mon père, le roc qui porte bien plus qu’il ne voudrait probablement le reconnaître lui même. Ma mère, moins assurée, hésitante, maladroite peut être, qui cherche son chemin, où, comment, poser ses pas. Dans cette image, aussi, la progression inexorable, et bien trop rapide, de la maladie.

Sarah Moon
(on trouve une sorte de parenté avec Pierre Bonnard)

Lucian Freud - Evacuee Boy (1942)

Pablo Picasso - Olga in a hat with feather (1920)

Alexander Rodchenko: Pioneer Playing a Trumpet, 1930

Bernard BUFFET - New York X - Mourlot 1967

Edvard Munch - Vampire (1893)

Rembrandt - L’homme au faucon - 1661 (musée des beaux arts de Göteborg)
Cette scène est un mauvais souvenir. Ma mère m’installe sur le canapé au fond du séjour. Je dois faire pitié, un vrai sac d’os. Du coup, elle s’affaire : “Demain, on va me donner des nouvelles de Papa et Gilbert.” Mais moi, j’ai cette colère qui monte, qui gronde, je suis à bout de forces et je lui réponds comme on crache : “on ne peut pas te donner des nouvelles de Papa et Gilbert, ils ont été gazés dès leur arrivée et leurs corps ont été brûlés.” Pauvre femme, encore aujourd’hui j’en éprouve tant de remords. Jamais elle ne s’est plainte. Son fils unique. Jamais elle n’a refait sa vie. Elle est morte avec eux.
Retour à Birkeneau - Ginette Kolinka
Saint Jérôme écrivant - Caravage



Egon Schiele - Two Female Nudes, One Reclining, One Kneeling - 1912

Tamara de Lempicka (1898 – 1980) - Tamara in the Green Bugatti - 1929

– Matazo Kayama
Véga n'avait pas changé, mais elle était brisée. Et puis elle avait perdu sa mère - et elles vivaient seules toutes les deux. Sa mère était morte, brisée elle aussi : son fils, le frère ainé de Véra, un ingénieur, avait été arrêté en quarante. Pendant quelques années encore, il avait écrit. Pendant quelques années, on lui avait envoyé des colis quelque part en Mongolie bouriate. Mais un jour, la mère de Véra avait reçu de la poste un avis rédigé en termes obscurs, et le colis était revenu avec plusieurs tampons et ratures. Elle l'avait rapporté chez elle comme un petit cercueil. Lorsque son fils était né, il aurait presque pu entrer dans cette boîte.
Voilà ce qui avait brisé sa mère. Le fait aussi que sa belle-fille n'ait pas tardé à se remarier. Cela, sa mère n'arrivait pas à le comprendre. Elle comprenait Vera.
Et Vera était restée seule.
Seule ? Non, bien sûr, elle n'était pas la seule : elles étaient des millions comme elle.
Il y avait tant de femmes seules dans le pays, qu'on était même tenté de calculer rapidement, parmi ses connaissances, s'il n'y en avait pas plus que de femmes mariées. Et ces femmes seules, elles avaient toutes à peu près son âge : dix classes de suite. Les contemporaines de ceux qui étaient morts à la guerre.
Miséricordieuse envers les hommes, la guerre les avait emportés. Les femmes, elles les avait laissé souffrir jusqu'au bout.
Et ceux qui, restés sains et saufs au milieu des ruines, étaient revenus célibataires, ceux-là ne choisissaient pas des femmes de leur âge, mais de plus jeunes. Quant à ceux qui étaient plus jeunes de quelques années, ils l'étaient en réalité de toute une génération : c'étaient des enfants, à qui la guerre n'était pas passée sur le corps.
Et c'est ainsi que vivaient des millions de femmes qui jamais n'avaient été réunies en divisions, et qui étaient venues au monde pour rien. Un faux pas de l'Histoire.
Alexandre Soljenitsyne - Le Pavillon des cancéreux
Kostoglotov n’arrivait pas à digérer ce qu’il avait entendu dire à ceux qui étaient restés en liberté : que ce jour là, deux ans plus tôt, les vieillards avaient pleuré, les jeunes filles avaient pleuré, que c’était soudain comme si le monde s’était trouvé orphelin. Il n’arrivait pas à se l’imaginer, parce qu’il se rappelait comment cela s’était passé chez eux. Un beau jour, on ne les avait pas emmenés au travail, on n’avait même pas ouvert les baraquements où ils étaient parqués. Et le haut-parleur en dehors de la zone, que l’on entendait toujours, avait été stoppé. De tout cela, il ressortait clairement que les autorités avaient perdu la tête, qu’il leur était arrivé un grand malheur. Or, un malheur pour les patrons, c’est une joie pour les bagnards ! On ne travaille plus, on peut rester coucher, la ration est livrée à domicile. D’abord, on avait dormi tout son soûl, puis on avait commencé à trouver ça bizarre, puis çà et là, on s’était mis à jouer de la guitare, de la gandoura, à aller d’une baraque à l’autre en essayant de deviner. On a beau enterrer le bagnard au fin fond d’un trou perdu, la vérité finit toujours par filtrer, toujours ! - par la boulangerie, par la chaufferie, par la cuisine. Et la chose avait commencé à se répandre ! Pas très fermement, d’abord : quelqu’un parcourait le baraquement, s’asseyait sur les planches : “Ohé, les gars ! Il paraît que l’ogre a crevé… - Sans blagues ? - Pas possible ! - Tout à fait possible ! Il était temps !” Et un grand rire en choeur ! En avant les guitares, en avant les balalaïkas ! Mais vingt-quatre heures durant, les baraquements étaient restés fermés. Et le lendemain matin (il gelait encore, comme il se doit en Sibérie), on avait fait aligner tous les détenus sur le lieu de rassemblement ; le major, les deux capitaines, les lieutenants, tout le monde était là. Et le major, le visage noir tellement il était malheureux, avait annoncé :
“ C’est avec une profonde affliction… hier à Moscou….”
Et un sourire, il fallait se retenir pour ne pas jubiler ouvertement, avait illuminé toutes ces gueules de bagnards, sombres, grossières, rugueuses, avec leurs pommettes saillantes.
Alexandre Soljenitsyne - Le Pavillon des cancéreux
Tout frais encore dans sa mémoire était le jour de Sa mort. Jeunes, vieux, enfants, tout le monde pleurait. Les jeunes filles étaient secouées de sanglots, les jeunes gens s’essuyaient les yeux. A voir ainsi pleurer tout le monde, on avait l’impression que ce n’était pas un homme qui était mort, mais l’univers entier qui se fissurait. On avait l’impression que même si l’humanité parvenait à survivre, ce jour se graverait à jamais en elle comme le jour le plus sombre de l’année.
Alexandre Soljenitsyne - Le Pavillon des cancéreux (p420)
– Pour mémoire, un autre extrait de roman décrivant la mort de Staline.
Tout à cet emportement créateur, quelques livres sous Le Bras, Vadim était donc entré dans cette salle.
Le premier ennemi qu’il s’attendait à y rencontrer était la radio, le haut-parleur - et Vadim était prêt, pour le combattre, à user de tous les moyens, licites et illicites : d’abord la persuasion de ses voisins, puis les courts circuits (avec une épingle), enfin, l’arrachage des prises… La diffusion permanente par haut parleur, que tout le monde chez nous considère sans raison comme le signe d’une large culture, est au contraire la marque du retard culturel. Et un encouragement à la paresse de l’esprit. Mais Vadim ne réussissait presque jamais à en convaincre personne. Ce marmonnement perpétuel, cette alternance d’informations qu’on ne souhaite pas et de musique qu’on n’a pas choisie (et qui de plus ne cadre pas avec l’humeur du moment) étaient un vol de temps et une entropie de l’âme, une dissimulation de l’âme seyant fort l’indolence, mais intolérable à l’esprit d’initiative. Le sot dont parle Epicure, une fois gagnée son éternité, n’aurait sans doute eu pour la tuer d’autre moyen que la radio.
Alexandre Soljenitsyne - Le Pavillon des cancéreux

Joan Miró - Seated Nude Holding a Flower - 1917

Henri de Toulouse Lautrec - Seule - 1896
Ce n’est pas que j’aime entre tous les livres de Flaubert. Pour des raisons qui seraient trop longues à développer ici, je crois que la métaphore seule peut donner une sorte d’éternité au style, et qu’il n’y a peut-être pas dans tout Flaubert une seule belle métaphore. Bien plus, ses images sont généralement si faibles qu’elles ne s’élèvent guère au dessus de celles que pourraient trouver ses personnages les plus insignifiants. Sans doute, dans une scène sublime, Mme Arnoux et Frédéric échangent des phrases telles que : “Quelquefois vos paroles me reviennent comme un écho lointain, comme le son d’une cloche apporté par le vent. - J’avais toujours au fond de moi-même la musique de votre voix et la splendeur de vos yeux.”, sans doute c’est un peu trop bien pour une conversation entre Frédéric et Mme Arnoux.
Marcel Proust - Sur le style de Flaubert - Editions Sillage (p7)

Notre Dame
Notre dame

GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

FRANCOIS GUILLOT / AFP

Hopper - Reclining Nude (1927)

Hopper - Intérieur d’été

Edward Hopper, The Cat Boat, 1922, etching on paper

Edvard Munch - Reclining Nude - 1912

Edvard Munch - Nude - 1892
« L’essence de la démocratie, c’est l’acceptation de la concurrence pacifique. Je ne dis pas que les gens aient tort ou raison de l’accepter. Je dis qu’il n’y a de démocratie que lorsque les individus, les groupes, les classes sociales acceptent les règles de la concurrence et accepte que cette concurrence soit pacifique. Lorsqu’un groupe veut arriver au pouvoir par la violence et pour réaliser des changements qui ne peuvent pas être acceptés pacifiquement par d’autres groupes, on sort de la démocratie et on entre dans la guerre civile ou dans la révolution »Raymond Aron - Introduction à la philosophie politique
Encore une fois, je ne dis pas qu’il faut toujours rester dans le cadre de la concurrence pacifique. Il est parfaitement possible qu’à certains moments la moins mauvaise solution soit la révolution. Simplement, si on veut penser les choses clairement, il faut comprendre que, la démocratie étant essentiellement la concurrence pacifique pour l’exercice du pouvoir, qui ne veut pas de la paix ou qui ne veut pas de la concurrence sort de la démocratie et entre dans quelque-chose d’autre.
Par conséquent, j’arrive à une conclusion très simple : la vertu essentielle de la démocratie au sens de Montesquieu, ce n’est pas la vertu, c’est l’esprit de compromis. »
Le "modèle' républicain français qui joue tout sur l'intégration par l'école est mis à nu par une telle réalité et par l'hypocrisie de ceux qui le défendent pour mieux le contourner. Il est temps, écrit Daniel Cohen qui n'a rien d'un révolutionnaire, que la "république française" [prenne] conscience du fait que son système fonctionne sur des solidarités privées dont sont dépourvus les plus démunis". Certes, pour beaucoup de familles, la "guerre civile" des générations n'est pas à 'ordre du jour. Reste que, quand les individus entrent dans l'arène publique en tant que travailleurs, contribuables et hypothétiques retraités, des lignes de démarcations sinon de combat très nettes se dessinent entre gagnant âgés et perdants jeunes dans la bataille, qui en est bien une depuis toujours, pour une distribution équitable de la richesse nationale. Si tant est que les jeunes en voient la couleur ! Comme la démontré le désormais célèbre rapport Pébereau sur la dette publique, tout s'est passé depuis vingt-cinq ans comme si la génération du baby-boom avait confisqué les chéquiers de ses enfants pour financer ses dépenses, sa santé qu'elle est incapable de maîtriser, son train de vie que couvrent même plus ses recettes courantes et, évidemment, ses futures retraites qu'elle refuse de financer. Non seulement la génération qui tient les postes, les places et les coffres-forts se conduit mal à l'égard de celle qui la suit, mais pire, elle accumule sur les les engagements de payer. Non seulement elle a détourné de son objet la protection sociale pour en faire la protection de ses rentes, mais elle entend bien exercer jusqu'au bout tous les pouvoirs qui lui permettent de cumuler les protections des systèmes sociaux et les bénéfices du système financer. Faisant de Jean-Claude Trichet son modèle, elle refuse et combat l'inflation qui lui a permis, dans sa jeunesse, de s'endetter à bon compte pour rembourser ses actifs immobiliers dont elle observe aujourd'hui, dans une béate satisfaction, à quel point leur valeur s'est envolée.
Du bon usage de la guerre civile - Jacques Marseille (editions Perrin/tempus - p160)

Agnés Varda, Self-Portrait, Venice, 1960.
Les restrictions brutales à la liberté de pensée, à la liberté de conscience, l’inquisition et la censure, le bûcher et l’échafaud, ce n’est pas à la violence qu’il faut les imputer, mais au fanatisme, ce génie de la partialité, cet ennemi héréditaire de l’universalité, ce prisonnier d’une idée unique qui essaye de traîner et d’enfermer dans sa prison l’univers tout entier.
Stefan Zweig - Érasme - grandeur et décadence d’une idée. (Livre de poche, p91)

Portrait d’Erasme• Crédits : Quentin Matsys

Naomi Okubo

Magi Puig

Accorder harmonieusement les contrastes de l'esprit humain, tels furent la mission et le sens de la vie d'Érasme. Il possédait, pour employer l'expression de Goethe, qui lui ressemblait dans son égale aversion des extrêmes, « une nature communicative». Tout changement violent, toute lutte trouble de partis lui faisait l'effet d'un attentat à l'ordonnance claire et rationnelle du monde dont il se sentait responsable en qualité de sage et dévoué missionnaire. La guerre, surtout, parce que représentant la méthode la plus grossière et la plus brutale que l'on pût employer pour l'aplanissement des rivalités, lui semblait incompatible avec l'idée d'une humanité morale et pensante. Apaiser les conflits par une bienveillante compréhension mutuelle, éclaircir ce qui est trouble, démêler ce qui est embrouillé, raccomoder ce qui est déchiré, rapprocher l'individu de la collectivité, c'était là l'art délicat qui faisait la force de son patient génie; ses contemporains reconnaissants appelèrent tout simplement cette volonté d'entente qui s'exerçait de mille façons: « l'Érasmisme ». C'est à cette « doctrine» qu'Érasme voulait convertir le monde. Comme il réunissait en lui toutes les formes de la connaissance : poésie, philologie, théologie et pédagogie, il croyait à la possibilité d'une union universelle même entre les choses qui nous semblent les plus inconciliables; il n'y avait pas de sphère qui ne fût accessible ni même familière à son talent de médiateur. Aux yeux d'Érasme, il n'existait pas d'opposition morale absolue entre Jésus et Socrate, entre la doctrine chrétienne et la Sagesse antique, la religion et la morale ne devaient faire qu'un. Par esprit de tolérance, il admettait les païens, lui, un prêtre, dans son paradis spirituel et les y faisait fraterniser avec les Pères de l'Église ; la philosophie était pour lui un autre moyen de chercher Dieu tout aussi naturel que la théologie. Il ne témoignait pas moins de reconnaissance envers l'Olympe grec que de piété envers le ciel chrétien. Contrairement à Calvin et à ses zélateurs, il ne voyait pas dans la Renaissance et son débordement de sensualité une ennemie, mais une soeur plus libre de la Réforme.
Stefan Zweig - Érasme - grandeur et décadence d’une idée. (Le livre de poche, p16)

Victor Zaretsky - Olesya

Njideka Akunyili Crosby - “The Beautyful Ones Are Not Yet Born” Might Not Hold True For Much Longer 2013

Anna Akhmatova (1889-1967), poète russe, dessin de Amedeo Modigliani, 1911,

Bruno Barbey - MOROCCO. Meknes. Moulay Ismael Mausoleum (Muslim shrine). 1985.

Seydou Keïta

Malick sidibé, Vue de dos, 1999.

Félix Vallotton - Femme couchée dormant (1899)
Je surprends le sourire qui accompagne ton regard un peu furtif, lumineux, entier. C’est la première fois que je te vois sourire ainsi et je me demande à quoi tu penses à ce moment ; il me semblait jusqu’à présent que nous étions ensemble essentiellement pour combler nos solitudes.

Fremont Street in Las Vegas, Nevada, lit up at night in 1961. (Nat Farbman—The LIFE Picture Collection/Getty Images)
« Cher Raymond Aron, votre esprit souligne si bien ces temps obscurs que l’on en vient parfois, en vous lisant, à croire à la possibilité d’en sortir et à l’existence d’un chemin. Rares sont les cas où la force de la pensée rejoint celle d’un caractère. »
Romain Gary, trois jours avant de se suicider
Je lisais de nombreux ouvrages consacrés aux politiques sociales et aux travailleurs pauvres. L’un en particulier, écrit par un éminent sociologue, William Julius Wilson, et intitulé The Truly Disadvantaged (Vraiment défavorisés), m’a marqué. J’avais seize ans la première fois que je le lus et, même si je ne compris pas tout, j’en saisis la thèse centrale. Quand des millions de personnes émigrèrent au Nord pour travailler dans les usines, les communautés qui se créèrent tout autour étaient dynamiques, mais fragiles, et lorsque celles-là mirent la clé sous la porte, les gens qu’elles laissèrent sur le carreau se retrouvèrent piégés dans des villes, petites ou grandes, qui ne pouvaient plus faire vivre une population si importante en lui fournissant des emplois. Ceux qui le pouvaient - généralement les plus riches, les plus instruits, ou ceux qui avaient des relations - partaient, abandonnant derrière eux une cohorte de pauvres. Ceux qui restaient étaient les “vrais perdants” - incapables de trouver de bons jobs seuls, et entourés de communautés qui n’offraient ni solutions relationnelles ni assistance sociale.
Le livre de Wilson fut un illumination. Je voulus lui écrire et lui dire qu’il avait parfaitement décrit ma famille. Pourtant, que l’écho ait été si intime est curieux, car il ne traitait pas des immigrants appalachiens, il parlait des Noirs des grandes villes. C’était aussi le cas du fondamental Losing Ground (Perdre pied), de Charles Murray, un autre livre à propos des Noirs, qui aurait pu être écrit sur les Hillbillies - et qui évoquait la manière dont le gouvernement encourageait le déclassement à travers le système d’aide sociale.
J.D. Vance - Hillbilly élégie

Nina Simone – 21 février 1933 - 21 avril 2003
Malcolm Liepke

Seated nude - 1991

Curied Back - 2016

Saul Leiter
« Il faut toujours dire ce que l’on voit ; surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit. »
– Charles Peguy (?)

Alexandre Soljenitsyne

Fan Ho

Daido Moriyama
Le pouvoir, dit Lord Acton, tend à corrompre, et le pouvoir absolu corrompt absolument. Il est aisé de voir les effets malfaisants du pouvoir; beaucoup plus difficile est de reconnaître les conséquences paradoxales engendrées par la négation de l'existence du pouvoir. L'idée d'une société libérée du pouvoir et de la contrainte est un vieux rêve utopique qui connaît actuellement l'un de ses retours périodiques. Les idéalistes contemporains ont redécouvert dans Rousseau le concept d'un homme naturel fondamentalement bon mais corrompu par la société. Peu semble leur importer qu'aujourd'hui comme au temps de Rousseau, cette thèse échoue à expliquer comment la somme totale des hommes naturels est parvenue à se changer en ce pouvoir sombre et sinistre responsable de l'oppression, des maladies mentales, des suicides, des divorces, de l'alcoolisme et de la criminalité. Ils persistent à penser que l'humanité peut et doit être ramenée à l'état serein d'une liberté totale, par la force si nécessaire. Mais comme l'indique Karl Popper dès 1945 dans un célèbre ouvrage, The open society and its enemies, le paradis de la société heureuse et primitive (qui, soit dit en passant, n'a jamais réellement existé) est pour toujours fermé à ceux qui ont goûté le fruit de l'arbre du savoir : « Plus nous tentons de revenir à l'âge héroïque du tribalisme, plus sûrement nous parvenons à l'Inquisition, à la police secrète, à un banditisme romancé »
Paul Watzlawick - La réalité de la réalité. Confusion, désinformation, communication

Claude Monet - La Pie

Saul Leiter


Tous les aspects du syndrôme d’utopie ont ceci en commun : les prémisses sur lesquelles le syndrome se fonde sont considérées comme plus réelles que la réalité. Nous voulons dire par là que lorsqu’un individu (ou un groupe, ou toute une société) s’efforce d’ordonner son univers en accord avec sa prémisse et que son effort échoue, il ne va pas, normalement, réexaminer sa prémisse pour savoir si elle ne recèle pas d’éléments absurde ou irréel, mais, nous l’avons vu, il va accuser l’extérieur (par exemple, la société) ou sa propre incapacité. Il ne peut pas supporter l’idée que ses prémisses soient en défaut, car, pour lui, elle constituent la vérité, la réalité. Par exemple, disent les Maoïstes, si, après plus d’un demi-siècle, la version soviétique du marxisme n’a pas réussi à créer la société idéale sans classes, c’est parce que la pure doctrine est tombée dans des mains impures, et non parce que, peut-être, le marxisme contient quelque chose de fondamentalement faux. On rencontre fréquemment la même position chez les chercheurs dont les travaux restent improductifs : leur solution consiste souvent à demander plus d’argent, à proposer un plus grand projet, en un mot, à faire “plus de la même-chose”
Paul Watzlawick, John Weakland, Richard Fish - Changements - Paradoxes et psychothérapie - Editions Le point, essais, p74.

Raymond Aron


Stanley Kubrick - 1940 (source)

Polaroid by Andrei Tarkovsky from the book Instant Light: Tarkovsky Polaroids from Thames and Hudson. (source)

Emil Nolde

Lucian Freud - The Sleeping Cat (circa 1944) (un peu hors budget, quand même :-)

Jours Maudits - Ivan Bounine, journal écrit au jour le jour pendant la révolution Russe.
On y lit la peur omniprésente, la violence, la brutalité et la vulgarité des bolchéviques (on y retrouve un peu les mêmes accents que chez Cheskov, dans “Qu’est-ce que le bolchévisme, de ce point de vue - si ma mémoire ne me jour pas des tours, du moins), l’antisémitisme du mouvement ressort souvent aussi (ce n’est pas forcément quelque-chose dont j’avais conscience), et enfin, l’impression de confusion totale qui règne - les rumeurs, l’impossibilité d’avoir une information fiable, l’espérance d’être sauvé par une puissance étrangère qui viendrait battre l’armée rouge.
En filigrane également, le danger qu’il y a à simplement tenir un tel journal.
Par moment, des portraits, des lieux, des situations saisies et posées rapidement apparaissent au fil des notes et laissent paraître un écrivain plutôt talentueux (j’imagine qu’il n’a pas eu le Nobel pour rien).
Ce matin, avant de me réveiller, j'ai rêvé que quelqu'un était en train de mourir, était mort. Maintenant, je rêve souvent à la mort : quelqu'un de mes amis, de mes proches ou de ma famille meurt, et, très souvent, c'est mon frère Ioulïï, auquel je n'ose même penser : comment et de quoi vit-il, et est-il seulement en vie ? Les dernières nouvelles de lui datent du 6 décembre de l'année passée. Mais une lettre de Moscou, adressée à V. et datée du 10 août, est arrivée seulement aujourd'hui. D'ailleurs, la poste russe a cessé d'exister depuis longtemps, depuis l'été 17 : dès le moment où est apparu chez nous, pour la première fois, à la manière européenne, un "ministre des postes et des télégraphes". Au même moment aussi est apparu pour la première fois un "ministre du travail" et, au moment même, la Russie toute entière a cessé de travailler. Et le démon de de la haine de Caïn, de la férocité et de l'arbitraire le plus sauvage a soufflé sur la Russie, justement en ces jours où furent proclamés la fraternité, l'égalité et la liberté. Alors, firent aussitôt leur apparition frénésie, folie aigüe.
D'ailleurs, la bêtise y est pour beaucoup. Tolstoï disait que neuf sur dix des mauvaises actions des hommes s'expliquent exclusivement par la bêtise.
Les officiers rouges : un gamin d'une vingtaine d'années, le visage glabre, rasé, les joues creuses les pupilles noires et dilatées ; à la place des lèvres, un sphincter odieux : les dents sont presque toutes en or ; sur son corps de poussin, une vareuse avec un ceinturon d'officier, à ses jambes, maigres comme celles d un squelette, d'obscènes culottes bouffantes et des bottes de dandy à mille roubles, sur le flanc, un browning ridiculement énorme.

Nicolas de Stael - Bateau


Anne Marie Blaupot ten Cate
« Le sujet idéal de la domination totalitaire n’est ni le nazi convaincu ni le communiste convaincu, mais celui pour qui les distinctions entre fait et fiction et entre vrai et faux n’existent plus »
Hannah Arendt « Les origines du totalitarisme » (Gallimard, 832).
Et soudain, le 5 mars 1953, Staline mourut. La mort de Staline fit littéralement irruption dans le système gigantesque de l'enthousiasme mécanisé, de la colère populaire et de l'amour populaire décrétés par le comité de district du Parti. Staline mourut sans qu'aucun plan l'eût prévu, sans instruction des organes directeurs. Staline mourut sans ordre personnel du camarade Staline. Cette liberté, cette fantaisie capricieuse de la mort contenait une sorte de dynamite qui contredisait l'essence la plus secrète de l'Etat. Le trouble s'empara des esprits et des coeurs.
Vassili Grossman - Tout passe

Matthiew Lloyd - dutch masters

Still Life with Cheeses, Artichoke, and Cherries Clara Peeters • 1625
André Malraux demanda un jour à un prêtre qui avait passé cinquante ans de sa vie à écouter des fidèles en confession ce qu'il avait appris de la condition humaine. « Tout d'abord, répondit le prêtre, les gens sont beaucoup plus malheureux qu'on ne le pense... et l'élément le plus important est que ce qu'on nomme "un adulte" n'existe pas.»
Yalom, Irvin. Thérapie existentielle. Editions Galaade, introduction, p22.

C’était il y a 4 ans. #Charlie

Vivian Maier (1926- 2009)
La mort, c’est dur pour ceux qui restent. On pense à tellement de trucs tellement inutiles, on se perd en conjonctures inintéressantes et alambiquées, juste pour éviter de penser que la mort, c’est définitif. Les regrets sont amers, les espoirs tellement détruits qu’il en reste à peine quelques pièces détachées ci et là.