Tous les aspects du syndrôme d’utopie ont ceci en commun : les prémisses sur lesquelles le syndrome se fonde sont considérées comme plus réelles que la réalité. Nous voulons dire par là que lorsqu’un individu (ou un groupe, ou toute une société) s’efforce d’ordonner son univers en accord avec sa prémisse et que son effort échoue, il ne va pas, normalement, réexaminer sa prémisse pour savoir si elle ne recèle pas d’éléments absurde ou irréel, mais, nous l’avons vu, il va accuser l’extérieur (par exemple, la société) ou sa propre incapacité. Il ne peut pas supporter l’idée que ses prémisses soient en défaut, car, pour lui, elle constituent la vérité, la réalité. Par exemple, disent les Maoïstes, si, après plus d’un demi-siècle, la version soviétique du marxisme n’a pas réussi à créer la société idéale sans classes, c’est parce que la pure doctrine est tombée dans des mains impures, et non parce que, peut-être, le marxisme contient quelque chose de fondamentalement faux. On rencontre fréquemment la même position chez les chercheurs dont les travaux restent improductifs : leur solution consiste souvent à demander plus d’argent, à proposer un plus grand projet, en un mot, à faire “plus de la même-chose”
Paul Watzlawick, John Weakland, Richard Fish - Changements - Paradoxes et psychothérapie - Editions Le point, essais, p74.