“O Erasme de Rotterdam, à quel parti vas-tu t’arrêter ? Vois la puissance de l’injuste tyrannie sur le siècle ; vois la force des ténèbres. Ecoute, chevalier du christ; chevauche hardiment, aux côté du Seigneur Christ ; protège la vérité ; gagne la couronne des martyrs : n’es-tu donc pas déjà un tout vieil homme ?… Laisse, qu’on entende ta voix : et les portes de l’Enfer, et le trône de Rome, comme a dit le Christ, ne pourront rien contre toi !” Cri poignant, car, à cette heure même, Erasme se sentant dépassé et vaincu, prévoyant d’ailleurs l’avenir et que les bonnes lettres, prises entre les partis, allaient recevoir les coups des deux côtés, écrivait sa lettre mélancolique à Mountjoy : la vérité, la pure vérité vaut-elle qu’on ébranle tout l’univers en la prêchant ? “Il est permis, ils est bon de la taire, quand de sa révélation on ne peut espérer aucun fruit. Le Christ s’est tu devant Hérode”

Lucien Febvre - Martin Luther, un destin (ed. Quadrige - puf, p125)

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