Le "modèle' républicain français qui joue tout sur l'intégration par l'école est mis à nu par une telle réalité et par l'hypocrisie de ceux qui le défendent pour mieux le contourner. Il est temps, écrit Daniel Cohen qui n'a rien d'un révolutionnaire, que la "république française" [prenne] conscience du fait que son système fonctionne sur des solidarités privées dont sont dépourvus les plus démunis". Certes, pour beaucoup de familles, la "guerre civile" des générations n'est pas à 'ordre du jour. Reste que, quand les individus entrent dans l'arène publique en tant que travailleurs, contribuables et hypothétiques retraités, des lignes de démarcations sinon de combat très nettes se dessinent entre gagnant âgés et perdants jeunes dans la bataille, qui en est bien une depuis toujours, pour une distribution équitable de la richesse nationale. Si tant est que les jeunes en voient la couleur ! Comme la démontré le désormais célèbre rapport Pébereau sur la dette publique, tout s'est passé depuis vingt-cinq ans comme si la génération du baby-boom avait confisqué les chéquiers de ses enfants pour financer ses dépenses, sa santé qu'elle est incapable de maîtriser, son train de vie que couvrent même plus ses recettes courantes et, évidemment, ses futures retraites qu'elle refuse de financer. Non seulement la génération qui tient les postes, les places et les coffres-forts se conduit mal à l'égard de celle qui la suit, mais pire, elle accumule sur les les engagements de payer. Non seulement elle a détourné de son objet la protection sociale pour en faire la protection de ses rentes, mais elle entend bien exercer jusqu'au bout tous les pouvoirs qui lui permettent de cumuler les protections des systèmes sociaux et les bénéfices du système financer. Faisant de Jean-Claude Trichet son modèle, elle refuse et combat l'inflation qui lui a permis, dans sa jeunesse, de s'endetter à bon compte pour rembourser ses actifs immobiliers dont elle observe aujourd'hui, dans une béate satisfaction, à quel point leur valeur s'est envolée.

Du bon usage de la guerre civile - Jacques Marseille (editions Perrin/tempus - p160)

GM @babils