Je lisais de nombreux ouvrages consacrés aux politiques sociales et aux travailleurs pauvres. L’un en particulier, écrit par un éminent sociologue, William Julius Wilson, et intitulé The Truly Disadvantaged (Vraiment défavorisés), m’a marqué. J’avais seize ans la première fois que je le lus et, même si je ne compris pas tout, j’en saisis la thèse centrale. Quand des millions de personnes émigrèrent au Nord pour travailler dans les usines, les communautés qui se créèrent tout autour étaient dynamiques, mais fragiles, et lorsque celles-là mirent la clé sous la porte, les gens qu’elles laissèrent sur le carreau se retrouvèrent piégés dans des villes, petites ou grandes, qui ne pouvaient plus faire vivre une population si importante en lui fournissant des emplois. Ceux qui le pouvaient - généralement les plus riches, les plus instruits, ou ceux qui avaient des relations - partaient, abandonnant derrière eux une cohorte de pauvres. Ceux qui restaient étaient les “vrais perdants” - incapables de trouver de bons jobs seuls, et entourés de communautés qui n’offraient ni solutions relationnelles ni assistance sociale.
Le livre de Wilson fut un illumination. Je voulus lui écrire et lui dire qu’il avait parfaitement décrit ma famille. Pourtant, que l’écho ait été si intime est curieux, car il ne traitait pas des immigrants appalachiens, il parlait des Noirs des grandes villes. C’était aussi le cas du fondamental Losing Ground (Perdre pied), de Charles Murray, un autre livre à propos des Noirs, qui aurait pu être écrit sur les Hillbillies - et qui évoquait la manière dont le gouvernement encourageait le déclassement à travers le système d’aide sociale.
J.D. Vance - Hillbilly élégie