La conclusion curieuse à laquelle semblent aboutir les analyses conduites jusqu’ici, c’est que les notion de démocratie et de révolution sont antithétiques. C’est en apparence paradoxal, puisqu’on met toujours les deux mots ensemble, mais, si on y réfléchit, la démocratie est une chose et la révolution une chose à peu près opposée. La démocratie telle que nous l’avons définie, et je l’ai définie en fonction de la réalité, c’est la pluralité des partis, la procédure électorale, c’est, par conséquent, l’acceptation de l’autre, l’acceptation des procédures lentes, car il faut du temps pour accorder les hommes qui ont des idées et des intérêts contradictoires.L’essence de la démocratie, c’est aussi que les décisions prises soient révocables, qu’un parti puisse défaire ce que l’autre a fait, et que, par conséquence, on accepte réciproquement les altérités tout en maintenant suffisamment de choses en commun pour que la cité puisse exister. Or, la révolutions est très exactement le contraire et ne pas ne pas être le contraire : c’est le refus d’accepter l’autre en tant qu’il pense autrement que vous, c’est la rupture de la légalité. Alors que la démocratie est, par essence, la compétition pacifique en vue de l’exercice du pouvoir, la révolution, c’est la violence et, comme la violence a toujours besoin de justification, c’est la violence au nom d’un principe incarné dans un parti.

Raymond Aron - Introduction à la philosophie politique (1952)

GM @babils