Cette scène est un mauvais souvenir. Ma mère m’installe sur le canapé au fond du séjour. Je dois faire pitié, un vrai sac d’os. Du coup, elle s’affaire : “Demain, on va me donner des nouvelles de Papa et Gilbert.” Mais moi, j’ai cette colère qui monte, qui gronde, je suis à bout de forces et je lui réponds comme on crache : “on ne peut pas te donner des nouvelles de Papa et Gilbert, ils ont été gazés dès leur arrivée et leurs corps ont été brûlés.” Pauvre femme, encore aujourd’hui j’en éprouve tant de remords. Jamais elle ne s’est plainte. Son fils unique. Jamais elle n’a refait sa vie. Elle est morte avec eux.

Retour à Birkeneau - Ginette Kolinka

GM @babils